Les secrets, la famille, la vie

Ma mère m’a toujours parlé de tout, du moins de tout ce que je pouvais entendre à chaque étape de ma vie. Et chaque fois qu’elle souhaitait aborder un sujet trop délicat pour moi avec une tierce personne, elle me demandait de rejoindre ma chambre, m’expliquant que la conversation était destinée aux grandes personnes. 

Sur le moment, j’étais piquée, vexée. Avec du recul, je suis contente d’avoir été préservée et je procèderai de la même manière avec Miss G. Sans forcément comprendre et appréhender, les enfants ressentent les choses : à quoi bon leur mentir, parler en code ou les prendre pour des idiots ? Je n’ai jamais cherché à écouter ce qu’elle disait, car j’avais compris que ce n’était pas le moment. Et quand le bon moment arrivait, elle m’expliquait.
J’ai récemment lu Le poids des secrets de famille d’Evan Imber-Black. La thérapeute y décrit différents cas de non-dits pourtant connus ou, tout du moins, ressentis et suggérés par les membres d’une famille. Elle explique très clairement que chaque secret mène à une réaction de la part de chaque individu, peu importe la place qu’il occupe dans cette histoire. Elle raconte l’histoire d’un homme chrétien qui se passionne petit à petit pour le judaïsme et décide de se convertir. Il apprendra plus tard que sa grand mère était juive et qu’il a fallut le cacher pendant la guerre. Ou encore celle d’un enfant qui a toujours su pour son adoption, alors que personne ne lui a rien dit. Ce dernier est entré en conflit avec son frère, qui le considérait comme différent.
Même si je suis à fond pour la communication dans le couple et dans le complexe système qu’est la famille, je reconnais que toute vérité n’est pas bonne à dire. Il faut savoir si la personne en face peut encaisser le choc et imaginer les dommages collatéraux causés par des révélations. 
Pour ce qui est de ma fille âge de 19 mois, je lui dis quand je ne vais pas bien (fatigue, petit coup de mou) mais sans rentrer dans les détails :  » maman est un peu KO, la journée à été dure mais tout va bien et demain elle sera en pleine forme ! ». Généralement, on se fait un petit câlin et elle repart s’occuper de ses poupons. J’avoue que ce ne sont pas de vrais soucis, mais plutôt des petits tracas quotidiens qui me fatiguent (la vie quoi). Mais quand on a à peine 2 ans, que peut-on se dire en voyant sa Maman s’énerver et s’agiter dans tous les sens ? Je n’en sais rien mais j’imagine qu’on a envie d’être rassurée plutôt que de rester dans le non dit.
Mon frère a récemment eu un grave accident : Miss G est au courant, avec les mots qui me semblent lui être adaptés. Sinon, comment faire semblant d’être heureuse alors que nos vies en ont été chamboulées ?
Voici l’extrait qui m’a marquée et auquel je tâcherai de me référer durant les prochaines années, car on ne sait jamais de quoi demain est fait :
« Demander à un tout petit enfant de ne pas dire quelque chose au dehors, c’est lui demander quelque chose qu’il ne peut pas comprendre. Mais en même temps, puisque même des petits enfants sont réceptifs à une détresse familiale évidente et sont désorientés quand on en nie l’existence, vous devez trouver des moyens de reconnaître la tristesse et la colère tout en rassurant les enfants sur votre capacité à y faire face. (…) Nos enfants nous observent attentivement. Lorsqu’ils nous voient nous occuper de nos problèmes, ils retournent à leurs propres occupations. »
Et chez vous, comment se passe la communication en famille ?
G.M

Contribution aux Vendredis Intellos de Mme Déjantée

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8 réflexions sur “Les secrets, la famille, la vie

  1. Val1603 dit :

    J'avais fait aussi un article sur les VI sur les secrets de famille…Tu peux le retrouver ici : http://la.famille.re-composee.over-blog.com/article-les-secrets-de-famille-ma-2eme-participation-aux-vendredis-intellos-86016345.htmlChez moi, je n'ai pas connu mon géniteur, j'ai été adoptée par mon père à 3 ans et demi… Personne ne m'a jamais rien dit… Et à l'adolescence, je suis entrée en conflit régulièrement avec mon père, jusqu'à ce qu'il me dise lors d'une dispute particulière virulente… : "Ne me parle pas comme ça… de toute façon, je ne suis pas ton père !!!".J'étais sciée… mais depuis, heureusement, j'ai appris à vivre avec cela…

  2. Glam Maman dit :

    je viens de lire ton article : pfiouuuuuuuu ! et donc, tu en as parlé à ta fille, je t'admire. Tu as réussi à ne pas faire perdurer le secret et elle avancera les yeux bien ouverts, je pense.Bonne soirée *-*

  3. empreintedemesmots dit :

    Le secret de famille gangrène et inévitablement les fantômes sortent des placards et bonjour l'effet boomerang.On croit toujours que les secrets sont bien gardés et que personne ne saura, erreur!L'enfant est une personne!Nous avons adopté notre fille et ma fille l'a toujours su, cela fait partie de son histoire. Mia M

  4. Glam Maman dit :

    Alors tu lui as toujours dit ! dans l'ouvrage que je cite, l'auteur explique qu'à l'époque, on disait aux parents de ne surtout rien dire dans ce cas…. imagine les dégats !!!Question (peut être trop perso ? si c'est le cas désolée) : comment lui avez-vous expliqué ?

  5. madameliajuaparis dit :

    J’ai énormément souffert des nombreux secrets de famille qu’il y a chez moi et sur différentes générations… Je souffre beaucoup de ce manque de repère et des origines.
    Très tard j’ai appris que le nom de ma mère n’était pas vraiment le sien ni celui de mes grands-parents. Que ce nom avait été pris pendant la guerre quand une partie de la famille était parti aux Etats-Unis, une soeur caché dans un couvent et les autres avec un nouveau nom. Parfois mon grand-père nous parlait de la guerre, de ses périples avec sa maman caché partout en France dont dans des étables alors qu’il faisait froid. Mais jamais je n’ai imaginé qu’il y ait une raison à cela pour moi c’était la guerre et voilà. J’ai connu mon grand-père catholique marié à l’église alors je ne suis pas allée cherché plus loin. Jusqu’au jour où j’ai appris le vrai nom de mon grand-père et alors j’ai compris. J’ai été tellement bouleversé. Mais pour lui je comprends il a dû vivre cette période si affreuse, pour y survivre (psychologiquement) par la suite il a dû mettre un mouchoir sur tout ce passé et même peut-être continuer d’avoir peur de dire la vérité sur ses origines le pauvre.
    Ce fut le premier secret d’une longue série de secrets de famille qui font que je suis à la recherche de mes origines et que je cherche à comprendre sans ne plus avoir personne pour répondre à mes questions.
    Pas évident de vivre dans une famille comme la mienne ayant une telle culture du secret. Pour tout du plus anodin au plus grave.
    Pour mes enfants j’essaierai le plus possible d’instaurer une transparence dans l’histoire de notre famille.

  6. madameliajuaparis dit :

    A vrai dire je pense qu’il est trop tard pour moi pour avoir des réponses. J’ai été élevé par mes grands-parents. Mon grand-père est malheureusement décédé il y a quelques années et ma grand-mère perds un peu la tête du coup de ce côté là même si je voulais ce n’est pas possible.
    Quant à mes parents avec ma mère c’est très compliqué et mon père lui je ne le connais pas…
    Il me reste mon oncle avec qui peut-être je peux parler, peut-être sait-il des choses sur notre famille.
    C’est quand même un grand vide de ne pas tout savoir sur ses origines…

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